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Le Rétroviseur #3 : La réforme de l’assurance chômage

L’oeil du Philosophe Emmanuel Leclercq

La réforme de l’assurance chômage.

Alors qu’actuellement une nouvelle réforme de l’assurance chômage est présentée par le Gouvernement, beaucoup de français se pose la question: à quoi cela va t-il encore servir? N’est elle pas une réforme qu’il faut absolument voter pour répondre aux promesses de campagne d’Emmanuel Macron? Va t-elle vraiment permettre la baisse de la courbe du chômage dans les années à venir? C’est une bonne nouvelle certes, mais le chômage sera t-il un jour totalement éradiqué dans notre société?

On entend parfois que les chômeurs ne sont pas assez courageux pour chercher du travail; ou encore qu’ils profitent du système et préfèrent continuer à toucher l’allocation que de répondre à une offre proposée. Ce n’est pas tout à fait faux: en effet, toucher l’allocation chômage est parfois plus avantageux financièrement que de travailler! C’est alors logique que certains préfèrent ne pas travailler que de perdre les avantages du chômage.

Il est vrai, il y a des domaines qui recrutent: l’aide aux personnes, les travaux manuels, et même à l’approche de l’été, les promeneurs de chiens! Il n’y a pas de sous métiers, mais n’est ce pas interpellant d’entendre proposer ce dernier emploi à un chômeur, muni d’un bagage de 10 ans d’études? Même s’il n’existe pas de sous métier, n’y a t-il pas un manque de considération de l’humain dans son intégralité? N’est ce pas ici même la source des tensions sociétales? Ne faudrait il pas prendre en considération l’homme dans ce qu’il est et ce qu’il a?

Sociologiquement, il y a plus de chômage en ville que dans les campagnes. Dans les campagnes il est plus facile de trouver un travail du fait que les gens se connaissent et s’entraident tant qu’ils le peuvent. La proximité saine permet une plus grande entraide et reconnaissance du besoin de l’autre. Dans les campagnes les personnes sont plus vraies, plus authentiques, plus sincères, tout naturellement plus simples.

En ville c’est différent et cela provoque un grand paradoxe: plus la population est nombreuse, moins elle s’entraide, car il y a de l’indifférence. En ville les personnes courent, ne se saluent même plus, ne se regardent même plus, de peur d’être parfois agressée. Il y a plus d’individualisme en ville que dans les contrées retirées. La ville a développé ce concept « d’autonomie » se comprenant étymologiquement par « se créer sa propre loi ». Ce qui sous entendrait que personne n’aurait besoin de l’autre pour exister. Chacun est dans « son propre monde ». C’est interpellant de voir dans les métros parisiens la vitesse à laquelle l’homme est devenu « un loup pour l’homme ». L’homme qui devrait vivre avec son semblable va jusqu’à l’éviter, voir être indifférent. Et l’indifférence se cultive rapidement: Les nouvelles technologies arrivées à une vitesse V entretiennent cet esprit individualiste: les Mp3 enferment l’homme dans son propre monde, les réseaux sociaux le rendent asociales, n’étant que des relations virtuelles et non plus réelles. Toutes les nouvelles applications des smartphones ne font qu’enfermer l’homme sur lui même…

Ainsi petit à petit l’homme devient de plus en plus indifférent à l’autre. L’indifférence, conduit à l’ignorance qui elle-même conduit au manque de respect. L’homme a de moins en moins de respect pour son semblable: on ne souhaite plus la présence de nos « Ainés » ou de personnes ayant une maladie incurable car « elles coutent trop chères à la société ». Il ne faut pas le nier, c’est un fait. On a peur des personnes handicapées car elles nous interpellent et nous ramène à nous même, à notre propre fragilité et vulnérabilité. L’homme a peur de se sentir différent. Alors voulant être comme les autres, il se « fond dans la masse ». Il n’est donc plus identifié et fini par se perdre. Il ne sait où trouver de repères, de socles solides sur lesquels il peut s’ancrer. Il s’éloigne, se sent exclu. Les tensions sociétales arrivent alors: les citoyens ne se sentant plus reconnus, descendent dans la rue. Le mouvement des gilets jaunes en a été la preuve: Ils dénoncent ce que l’on pourrait appeler « une société oubliée ». Qui est responsable de ces oubliés? Nous? La société? L’état? Tous se renvoient la balle voulant faire porter à l’autre les responsabilités fautives dont parfois il en est lui-même l’initiateur. Il est logique alors que face à ces tensions, le chômage ne cesse de progresser. Actuellement il y a environ 2, 5 millions de chômeurs en France. Progressera t-il encore ou sera t-il un jour définitivement éradiqué? Comment panser la plaie dramatique du chômage dans la société? La nouvelle réforme de l’assurance chômage n’est elle pas qu’une nouvelle utopie? Est elle pour trouver une solution ou pour cacher le problème? Car Le problème du chômage ne serait il pas un problème anthropologique avant d’être un problème sociétal?

En effet, comment comprendre que le chômeur ne reçoit aucune réponse face au nombre inimaginable de candidatures? En effet un chômeur en recherche actif de travail, va envoyer parfois plus de 300 CV et lettres de motivation à des postes en adéquation avec son profil professionnel, et ne reçoit qu’une cinquantaine de réponses (toutes négatives) dont 48 impersonnelles? Comment comprendre le fait que l’on demande de personnaliser les candidatures et de ne recevoir en retour que des réponses impersonnelles? Comment comprendre que celui qui se donne les moyens de chercher du travail (qui est un travail à plein temps), ne reçoit en retour que très peu – voir jamais – de réponses personnelles? Il est encore plus terrible lorsque l’on sait que les postes à pourvoir sont déjà pourvus à l’avance, voir même que certains postes ne sont que virtuels: Les entreprises sont effectivement obligées de proposer des offres d’emplois pour montrer qu’elles restent dynamiques dans le secteur économique. Ces postes ne seront jamais pourvus car nul besoin en interne. Pour des raisons légales il est bon aloi.

Il est par ailleurs facile de rétorquer en affirmant que les DRH reçoivent des centaines de candidatures par semaine et n’ont pas le temps de répondre à toutes les sollicitations Certes. C’est un constat. Mais où est l’homme? Où est la part d’humanité dans l’homme? Recevoir une réponse négative « automatique » – et donc impersonnelle – détruit l’homme psychologiquement car il ne se sent plus reconnu en tant qu’humain mais en tant que « machine économique ».  Ainsi, parler aujourd’hui de « ressources humaines », est alarmant: L’humain serait-il une ressource, une matière première? Si oui, Tout est dit… car nommer c’est concevoir!

Ne faudrait il pas commencer par utiliser le vocabulaire adéquat pour remettre l’humain au coeur de la machine infernale et lui redonner sa juste place?

Ainsi déconsidéré, le chômeur se sent ignoré, oublié et indifférent: Malgré sa bonne volonté et son envie de réussir, il se décourage et abandonne son désir de travailler. Il va même jusqu’à douter de lui-même: s’il n’a aucune réponse, ou réponse impersonnelle, c’est que personne ne le veut, si personne ne le veut, il se sent inutile, alors à quoi bon rester en vie… c’est une spirale infernale.

Nous comprenons ainsi la souffrance supplémentaire apportée au chômeur: en plus de n’avoir pas de travail, il se sent déconsidéré. Plus on détruit l’homme en l’annihilant, plus le chômage envahira la société.

Si le chômeur était vraiment considéré comme un être humain et non comme une « machine économique », alors il ne profiterait pas autant du système.

La baisse du chômage passe d’abord par la marque de considération faite à l’homme. C’est parce que je vais considérer l’homme dans son intégralité, que je vais lui redonner foi en lui, en l’aidant à découvrir ses qualités pour mettre ses compétences au service de la construction de l’humanité.

L’Etat, doit considérer l’homme à sa juste valeur. L’homme n’est pas une machine économique. Il est un « animal qui pense », qui doit être respecté dans son unicité même. Il être un être social qui doit retrouver sa sociabilité en retrouvant sa part d’humanité.

Emmanuel Leclercq

Philosophe – Essayiste

Président-fondateur du cercle de pensée « Devenir pour agir »

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