PhilosophieRétroviseur

JH : Réflexion sur Jans Honas

LECLERCQ Emmanuel
Doctorant en philosophie
Université Regina Apostolorum
Rome
2007-2008
Travail de Recherche.
Padre Jesus Villagrasa, LC
« Fondazione metafisica di un’etica realista »
 Hans. Jonas:
Le Principe Responsabilité.
Une éthique pour la civilisation technologique
Introduction
                   Hans Jonas nous introduit d’emblée dans une perspective métaphysique absolue: En effet, il part de la question « pourquoi l’humanité doit exister ». l’existence de l’humanité dont l’ impératif semble aller de soi, n’est plus du tout un fait assuré de nos jours. Au contraire, par son énorme pouvoir qu’il a avant tout grâce à la technique moderne, l’homme a désormais les capacités de s’auto-détruire en peu de temps. la thèse de Jonas s’articule donc comme suit: la promesse de a technique moderne s’est inversée en menace. Le projet de soumission de l nature s’est avéré un succès démesuré et nous place d’ores et déjà devant le plus grand des défis. Le seul guide que nous puissions trouver dans cette situation de vide est l’anticipation de la menace. C’est ce que Jonas va appeler l’heuristique de la peur, qui allie éthique de la sagacité et du respect; Le concept de responsabilité y prendra un sens  particulier: par rapport à la technique, l’éthique doit porter sur des actes avec une portée causales incomparables vers l’avenir. Il faut donc développer un savoir prévisionnel basé sur un pari. L’éthique se doit de s’étendre sur une réflexion métaphysique un sujet du fondement de ce devoir inconditionnel de préservation du monde.
La technologique comme vocation de l’humanité:
                 Dans le passé, la technique était une adéquate concession à la nécessité, et non la voie vers le but électif de l’humanité. Aujourd’hui la technique moderne est « l’espèce » la plus importante des entreprises de l’homme, en perpétuellement dépassement de soi, menant à une domination de plus en plus grande des choses et de l’homme lui-même.
« l’homo faber » est bel et bien le vainqueur de « l’homo sapiens ». Il est maintenant le producteur de ce qu’il produit, le faiseur de ce qu’il sait faire, et donc le préparateur de ce qu’il sera bientôt capable de faire ou de produire. Le « il » n’est certes pas un créateur individuel mais bien collectif. C’est l’ inventeur indéterminé et non l’espace contemporain de l’action qui impose l’ horizon de la responsabilité, ce qui requiert un impératif d’un genre nouveau. Si la sphère de la production a investi l’espace de l’agir, elle doit être incluse dans la sphère de la moralité, ce qui nécessite une politique publique. La transformation de l’essence de l’agir humain modifie l’essence fondamentale de la politique.
Aujourd’hui, la différence entre l’artificiel et le naturel a disparu, le premier englobant totalement le second. La cité des hommes, autrefois petite enclave dans le monde non humain, se répand sur la totalité de la nature terrestre et ursupe sa place. Les oeuvres de l’homme devenues monde, agissant par lui-même, engendrent une nouvelle forme « de nature » (une espèce de dynamique propre). L’humanité est alors confrontée à un genre nouveau. Des questions nouvelles, qui ne faisaient pas l’objet  de la législation entrent maintenant dans les cadres que la « cité » globale doit se donner pour qu’existe un monde pour les générations futures. Les propositions de l’impératif de l’éthique de la simultanéité ne valent plus. Elles concernent maintenant l’existence d’un monde en soi, l’obligation pratique à l’égard de la postérité. La présence de l’homme dans le monde est devenue elle même objet d’obligation. Le nouvel impératif, nécessaire par le nouveau type d’agir humain nous assigne cette obligation: les effets de notre action ne peuvent compromettre les conditions de la survies indéfinies de l’humanité. Nous ne pouvons choisir le non-être des générations futures à cause de notre propre être. Nous sommes loin de Kant, et de son éthique de la conviction et de la simultanéité. Le nouvel impératif porte sur une politique publique, sur des actions collectives ou encore sur des effets envisagés, et non pas sur la conduite privée et son critère instantané par rapport à une universalisation hypothétique.
L’homme en tant qu’objet de la technique:
                   La classe potentiellement la plus néfaste des oeuvres nouvelles de « l’homo faber » à l’âge de la technique est celle de l’implication sur l’homme même. Il a en effet commencé à faire partie lui aussi des objets de la technique. « L’homo faber » applique son art à lui-même, et s’apprête à inventer une nouvelle fabrication de l’inventeur lui-même. Cette ultime victoire de l’art sur la nature, cet achèvement du pouvoir de domination, provoque l’ultime effort de la pensée éthique qui doit envisager de nouvelles alternatives, de choix face à ce qui était considéré comme données définitives de l’homme.
Jonas nous donne l’exemple de la promulgation de la vie. De par les progrès de la biologie cellulaire, nous pouvons espérer pouvoir contrecarrer les processus chimiques du vieillissement, et prolonger ainsi la durée de la vie humaine, peut-être l’étendre pour une durée indéterminée. La mort apparaît ainsi comme un défaut organique évitable. Cela nous montre bien qu’il faille des lors repenser la signification de la mort elle-même, mais aussi de ce qu’elle implique inexorablement, à savoir la procréation, ainsi que les concepts d’altérité de jeunesse et d’étonnement (renouvellement constant de la vie). Autant de questions fondamentales qui n’étaient pas posées auparavant et qui sont aujourd’hui soulevées de par les progrès des sciences et techniques.
Un second exemple, extrêmement révélateur du dépassement des catégories éthiques traditionnelles, est celui du contrôle du comportement. Il existe dans ce domaine une transition de l’application médicale au social. Nous nous trouvons en effet dans un champ de potentialité inquiétant et décisif quant aux questions de manipulation sociale, de droit de l’humain, de sa dignité, et des effets secondaires inconnus. La question est tout aussi cruciale dans le cadre des manipulations génétiques. « L’homo faber » se voit capable de prendre en mains, la propre évolution, dans le but de conserver l’espèce en son intégrité, mais est tout aussi soucieux de l’améliorer et de la transformer conformément à son projet. Mais rien ne prouve qu’il soit capable s’assumer ce rôle de démiurge, et plus fondamentalement, qu’il en ait le droit.
L’éthique de l’avenir et son nouvel impératif :
                   Face à tous ces enjeux, la seule solution est de développer une éthique de l’avenir, et cela parallèlement à la constitution d’une futurologie comparative (ou science des prédictions hypothétiques). La première obligation de cette éthique est l’idée des effets lointains qu’elle doit se construire via l’heuristique de la peur, ici premier mot utile dans la quête du bien. C’est ainsi qu’il faut se procurer une peur « spirituelle », qui est une attitude, ou encore une oeuvre propre. C’est ainsi que, dans le cas de l’éthique de l’avenir, ce qui doit être craint n’a pas été nécessairement éprouvé. Le « malum » imaginé doit ainsi assumer le rôle du « malum » éprouvé, tout en sachant que cette représentation doit se faire délibérément. Mais il est vrai que les effets recherchés sont de caractères scientifiques et nécessitent donc des pronostics à long terme. Cela réclame un degré de scientificité correspondant à celui qui est à l’oeuvre dans les entreprises humaines. Il doit être à la mesure des effets globaux dans l’ordre social (lors que l’homme est insondable) aussi bien que dans la biosphère (qui défie tout calcul). Si dès lors le savoir des possibilités est insuffisant à la prédiction parfaite, il suffit aux fins d’une casuistique heuristique imaginative.
Le fondement d’une éthique développée par Jonas est celui de la vie, de la conservation comme suprême obligation. Comme nous l’avons déjà signalé, l’humain n’a pas le droit d’utiliser un moyen qui pourrait détruire l’humanité, qui a l’obligation inconditionnelle d’exister. Or la technique possède ce pouvoir de destruction. De plus, on a pu constater que les développements déclenchés par l’agir technologique afin de réaliser des buts à court terme ont tendance à acquérir leur propre autonomies, deviennent irréversibles et finissent par échapper au contrôle, au vouloir et à la planification de ce qui les ont engendrés. Une correction du processus devient de plus en plus difficile, la liberté qui la rend possible, diminuant progressivement. Face à cela, il faut intégrer ce principe: accorder la préférence en vue de la décision au pronostics de malheur sur les pronostics de salut. On se trouve face à une inversion du principe « tu dois, donc tu peux ».En effet, d’après Jonas, les capacités que l’homme possède par la technique susceptible de causer la nuisance formulent l’obligation d’un agir éthique. Autrement formulé: pour l’homme, le « oui » ontologique a la force d’un devoir.
L’avenir de l’humanité et de la nature :
                   L’avenir de la nature est plus qu’une condition sine qua non à cet age-ci de la civilisation technique devenue toute puissante, c’est une responsabilité métaphysique pour l’homme qui est devenu dangereux pour lui-me et pour la biosphère. Leurs deux avenirs sont inséparables: si l’homme s’oppose à la nature, il subit une déshumanisation. Celle-ci nous ayant produits, il relève de notre essence de lui être fidèles. L’homme doit aujourd’hui se rendre compte que la nature possède une dignité autonome, et qu’il lui doit un respect plus qu’utilitaire. La seule issue au problème du déséquilibre symbiotique opéré par l’humain est la morale, qui se doit d’accorder au pouvoir, danger et raison en vue de la responsabilité.
Une solution: le pouvoir sur le pouvoir :
                   Le programme du savoir devenu pourvoir, s’accomplit, mais il mène à une auto-contradiction. Comme nous l’avons vu précédemment, l’homme perd le contrôle du processus, de par son impuissance à freiner le progrès qu’il a entrepris. Le pouvoir nous amène au paradoxe de la soumission complète à lui-même, situation (impuissance par apport au pouvoir lui-même) qu’il va nous falloir dépasser à tout prix. La solution lucide que Jonas va émettre ne consiste pas en un renoncement quiétiste du savoir, mais plutôt dans la mise en oeuvre d’un niveau supplémentaire de pouvoir. Son point de départ est à prendre au sein de la société, la sphère du privé n’étant pas à la hauteur de la tâche. Une discipline politique se doit d’être imposée pour le bon fonctionnement de ce pouvoir. La question qui se pose alors: « Mais laquelle? ». Jonas, analysera alors les deux alternatives du capitalisme et du marxisme, développement qu’il serait bien-sûr détailler. Pour être succinct, Jonas pense qu’il nous faut rompre avec le capitalisme, qui ne serait que la poursuite de l’hédonisme. Il va alors reprendre quelques propriétés formelles de la réalité historique du marxisme, mais en opérant toutefois un retrait quant à son essence. Il nous montrera que l’idéal de l’utopie marxiste est à rejeter, car elle amène à une poursuite de l’abondance par la technique. L’utopie est pour Jonas, un idéal faux, car elle ne peut concerner l’humanité entière.
L’utopie et l’idée de progrès :
                   Dans la science et la technique, la connaissance croît dans un esprit collectif qui stocke le savoir. Plus il s’accumule, et plus il engendre la fragmentation et la spécialisation. Il requiert alors subdivisions et méthode spéciales, devient moins communicable et devient affaire d’élites. Ceci dit, le risque de la connaissance reste un devoir suprême, même si nous devons en payer le prix. Mais le progrès technique peut-être non désirable, car il se justifie par ses effets, il soulève dès lors une ambivalence éthique. Nous avons assez développé le fait que le progrès ne soit pas nécessairement un bien moral de par ce que la technique émet dans le monde (nous pensons particulièrement aux pays dits en voie de développement).
Vers une éthique de la responsabilité :
                Après l’euphorie prométhéenne, afin de contenir notre progression, par prévoyance intelligente et décence envers notre postérité, l’alternative qui nous incombe maintenant est cette éthique de la responsabilité. Certes Jonas admet que la technique a une valeur intrinsèque, mais, pour lui, le danger réside dans l’usage illimité que nous en faisons bien souvent. Si l’on devient peu à peu prisonnier des processus que l’on a déclenché nous-mêmes, l’esprit de la responsabilité refuse le décret prématuré d’inévitabilité. En ce sens, Jonas refuse le dualisme pré-humanisme/apocalypse du futur; i y a comme donné de base un impossible retour en arrière, il faut désormais  apprendre à agir en présence de la technique telle qu’elle se donne à nous. La peur, devant notre responsabilité est celle qui doit nous inviter à agir. Elle doit se doubler d’une espérance, qui est condition de tout agir. Nous revenons ici à l’heuristique de la peur, qui peut dépister le danger tout en permettant à l’intérêt éthique de se reconnaître lui-même. Ce n’est pas une angoisse, une anxiété pour elle-même, qui serait stérile, mais une peur qui devient la première obligation d’une éthique de la responsabilité historique. Jonas, nous invite donc à entretenir un rapport responsable au futur. Son éthique est bien une éthique du futur, mais pour le présent (c’est ici que l’on retrouve l’aspect éducatif de Jonas). Mais si Jonas prône un rapport responsable de la nature, il refuse cependant l’idée d’un contrat naturel (comme le réclame par exemple le philosophe Michel Serres)). La nature n’est pas un sujet de droit, mais un objet éthique (qui n’est pas un sujet, un alter ego). Cependant, et c’est peut-être ce qui a parfois valu à Jonas d’être assimilé au courant de la Deep Ecology, il admet qu’il existe une transcendance interne à la nature, ce qu’un philosophe comme Luc Ferry, ne pourra jamais admettre.
Conclusion
                   La critique de la technique que nous présente Jonas, ne sombre pas dans l’abstraction stérile d’une simple prise de  position politique qui resterait théorique, elle s’ouvre à la question de l’écologie, au domaine de l’éthique. Dans ce contexte, c’est au contraire cette dernière qui permet de mettre en pratique des solutions concrêtes qui nous empêchent de nous perdre dans le marécage de l’abstraction obscure (même si Jonas n’ a pas été en mesure d’assumer cet objectif qu’il s’était assigné). Avec Jonas, nous estimons donc qu’il est impossible de rompre avec la technique, avec les apports non-négligeables de la modernité, mais il est toutefois souhaitable de contrer l’élan technocratique.
De plus, Jonas nous engage en effet à entretenir vis-à-vis du futur, un rapport responsable, mais son éthique du futur est une éthique pour le présent, une éthique éducative. Pour Jonas, la responsabilité n’est pas entendue au sens classique, tout droit issu d’une conception juridique, de l’imputation d’actes commis dans le passé; la responsabilité à laquelle nous engage Jonas, est un ministère, qui n’est pas réciproque, pour le futur. Nous pouvons, à juste titre et à la suite de nombreux commentateur, caractériser l’éthique de Jonas, d’éthique de l’hétéronomie, du futur, de la non-simultanéité et de la non réciprocité. C’est pour ces raisons que les thèses jonassiennes nous apparaissent porteuses d’un si grand intérêt.
Enfin, il est également pertinent de remarquer que Jonas, partant de la biologie, soutient que l’etre fonde le devoir-être; c’est ainsi qu’il faut comprendre sa reformulation de la question de Leibniz (Pourquoi y a t-il quelque chose plutôt que rien? »): « Pourquoi quelque chose soit-être plutôt que rien? ». Et Jonas nous indique clairement que ce qui doit être, c’est la vie. C’est d’ailleurs à partir de cette reformulation de la question leibnizienne qu’il va développer son impératif catégorique qui est au fondement de son éthique: « agis de telle sorte que ‘humanité soi… » ( impératif qu’il précisera dans une ultime formulation comme ceci: « Agis de telle sorte que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur Terre le plus longtemps possible »).
Avec Jonas, l’être authentiquement humain se doit de prévenir les dangers non seulement probables, mais aussi possibles; désormais, il incombe à notre responsabilité d’anticiper les conséquences dangereuses possibles de nos actes.
Sommaire
INTRODUCTION
Chapitre I: La technologie comme vocation de l’humanité……………………….. p.3
Chapitre II: L’homme en tant qu’objet de la technique………………………………p.4
Chapitre III: L’éthique de l’avenir et son nouvel impératif………………………….p.5
Chapitre IV: L’avenir de l’humanité et de la nature…………………………………p.6
Chapitre V: Une solution: le pouvoir sur le pouvoir……………………………..…p.7
Chapitre VI: L’utopie et l’idée de progrès……………………………………………p.8
Chapitre VII: Vers une éthique de la responsabilité…………….…………………..p.9
CONCLUSION
SOMMAIRE

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