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Réflexion sur le temps : Le métro

Le Métro-man devient un métronome.

 

« Je n’ai pas le temps »… combien de fois avons-nous entendu cette expression, et même l’avons-nous dit nous-même.

Les minutes se pressent et s’empressent. Les secondes se bousculent et s’entassent pour ne se fondre qu’en un simple instant…

« Je n’ai pas le temps », signifie, je n’ai pas un seul instant à consacrer car tous les instants sont sacrés. Le temps ne se définirait-il pas finalement par l’instant ? Le temps est-ce l’instant ou l’instant est ce une partie du temps ?

Mais qu’est ce que le temps si on ne peut le définir ? Qu’est ce que le temps si on n’arrive pas à prendre conscience de l’instant présent. Le présent est-ce le temps ?prendre conscience du présent est-ce prendre conscience du temps ? Etant donné que nous n’arrivons pas à prendre conscience du présent, du fait que l’on arrive pas à le définir et encore moins à le vivre, alors le temps existe-il ? Qu’est ce que le temps ? Le comprenons nous ? Le temps est-ce,  ce qui fait exister l’homme ou est-ce l’homme qui, prenant conscience du temps le fait exister ? Faut-il prendre conscience d’une chose pour la faire exister ? Autrement dit, est-ce ma conscience qui fait exister la chose, ou encore même, qui me fait exister ?

Le métro-man, est l’homme qui chaque jour effectue les mêmes mouvements,  qui de l’aube au soir, dans la même « prison », font le même mouvement… car le temps ne serait-il pas une « prison » pour l’homme ? L’homme ne serait-il pas prisonnier du temps ?

Le métro-man est l’homme qui chaque matin et chaque soir prends le métro, le même, sur le même quai, sur la même ligne… et parfois le même compartiment…

Le métro-man est celui qui chaque jour entend siffler quotidiennement en lui les bruits stridents des fermetures de portes du métro

Le métro man est celui qui laisse raisonner en lui, comme un disque rayé, les pas vifs et pressés des voyageurs, courant de couloirs en couloirs, de métros en métros…

Le métro-man est celui qui chaque matin, comme chaque soir, croisent le mêmes personnes, et qui par habitude, incline la tête comme signe de salutation, ne prenant pas le temps de s’arrêter, car il n’y a aucune seconde à perdre…toutes secondes est sacrées…

 

Le métro-man est celui qui finalement donne un rythme au temps. Le métro-man est celui qui casse le temps en heures, minutes, secondes…

Le métro-man devient donc un métro-nome

 

Le métro-man devient celui qui saccade le temps. Le métro-man, devenant métro-nom, donne consistance et sens au temps. Le métronome donne le rythme singulier, musical, de l’habitude, de la monotonie. Le métro-man devient celui qui fait exister le temps, non pas en en prenant conscience, mais simplement en habituant le temps en se découper en heures, minutes, secondes…

Le métro-man programme le temps. Le métro-man a un emploi du temps. Son emploi du temps consiste à employer le temps, c’est-à-dire à faire du temps ce qu’il désire en faire, autrement dit à s’approprier le temps comme le métronome s’approprie la musique…

Le métro-man devenu métro-nome construit le temps en laissant le temps au temps de le construire. Le métro- man donne sens au temps, qui donne à son tour, sens à l’homme.

Le temps laisse à l’homme le soin de le combler, et l’homme laisse au temps le soin de le construire.

 

Le temps construit le chemin de l’homme et l’homme construit le chemin du temps en lui donnant un sens. L’homme essaie de comprendre le temps. C‘est pour cela qu’il tente de le rythmer, de le découper en heures, minutes, secondes…

L’homme veut comprendre le temps et le temps fera comprendre à l’homme que finalement il n’est qu’un être qui ne cesse de le dépasser, qui ne cesse de se dépasser pour laisser le temps derrière lui, et lui ouvrir la porte de la mort…

 

Le Métro-man est donc celui qui devient métro-nome, qui rythme le temps comme leur cœur rythme le corps…

Un jour le cœur arrêtera l’homme, sur le chemin du temps, laissant la place à la mémoire de poursuivre l’existence de l’homme dans le temps.

L’homme ne maîtrise finalement pas le temps, car le temps le maîtrise. La preuve en est que le temps fait mourir l’homme… L’homme ne peut faire mourir le temps. L’homme ne fait que s’arrêter dans le temps. Le temps quant à lui poursuit sa route…

 

La différence entre le temps et l’homme, est que l’homme est un être du temps mais qui est à contre temps au moment où le temps le dépasse.

Le temps est infini. L’homme est fini.

 

 

Emmanuel Leclercq

Octobre 2009.

 

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